Quelle résistance thermique R pour une bonne isolation
Une seule valeur décide si vous toucherez les aides : le R du complexe posé. Voici comment il se calcule, l'épaisseur qu'il impose selon l'isolant, et les trois choses qu'il ne dit pas.
Sur un devis d'isolation, une seule valeur décide si vous toucherez les aides : la résistance thermique R du complexe posé. Ni la marque, ni l'épaisseur seule, ni le nom commercial du produit. Cette page explique comment R se calcule, quelle épaisseur il faut selon l'isolant, quels seuils ouvrent droit aux aides, et ce que R ne dit pas.
Ce qu'est la résistance thermique R
R mesure la capacité d'un matériau à s'opposer au passage de la chaleur. Plus il est élevé, moins la chaleur traverse. Il s'exprime en m².K/W, ce qui se lit « mètres carrés kelvin par watt ».
La formule tient en une ligne :
R = épaisseur (en mètres) ÷ lambda
Le lambda, noté λ, est la conductivité thermique du matériau, en W/m.K. C'est une propriété du produit, indiquée par le fabricant. Contrairement à R, lambda est meilleur quand il est bas : il mesure ce qui passe, pas ce qui résiste.
Exemple. Une laine de verre en panneau de lambda 0,035, posée en 120 mm : R = 0,120 ÷ 0,035 = 3,4. La même laine en 140 mm : R = 0,140 ÷ 0,035 = 4,0. Vingt millimètres de plus font passer de « sous le seuil des aides » à « largement au-dessus ».
Pourquoi lambda seul ne veut rien dire
Un commercial qui vante « un lambda de 0,022, le meilleur du marché » ne vous a rien dit d'utile tant qu'il n'annonce pas l'épaisseur. Un polyuréthane à 0,022 posé en 60 mm donne R = 2,7, insuffisant pour les murs. Une laine de roche à 0,038 posée en 160 mm donne R = 4,2, largement suffisant. Le produit le plus performant mal dimensionné perd contre le produit banal correctement dimensionné.
Le lambda des isolants courants
Les valeurs varient selon la densité et la gamme du produit. Voici les fourchettes que l'on rencontre en rénovation résidentielle.
| Isolant | Lambda (W/m.K) | Usage courant |
|---|---|---|
| Polyuréthane, polyisocyanurate | 0,022 à 0,028 | Murs et sols quand l'épaisseur est comptée |
| Polystyrène extrudé (XPS) | 0,029 à 0,035 | Sols, soubassements, milieux humides |
| Polystyrène expansé (PSE) | 0,030 à 0,038 | ITE sous enduit mince |
| Laine de verre en panneau | 0,030 à 0,040 | Rampants, cloisons, ITI |
| Laine de roche | 0,034 à 0,041 | ITE, rampants, acoustique |
| Ouate de cellulose | 0,038 à 0,042 | Combles soufflés, caissons |
| Fibre de bois | 0,036 à 0,046 | Bâti ancien, confort d'été |
| Laine de chanvre, de lin | 0,037 à 0,045 | Bâti ancien, ITI perspirante |
| Liège expansé | 0,036 à 0,043 | Sols, milieux humides |
| Chaux-chanvre projeté | 0,060 à 0,110 | Correction thermique sur mur ancien |
Le chaux-chanvre isole trois fois moins bien qu'une laine, et c'est assumé : sur un mur en granit, on ne cherche pas la performance maximale mais une paroi qui continue d'échanger l'humidité. Voir plus bas.
Quelle épaisseur pour quel R
Le tableau ci-dessous donne l'épaisseur nécessaire pour atteindre les trois seuils qui comptent en rénovation : R = 3,7 pour les murs, R = 6 pour les rampants, R = 7 pour les combles perdus.
| Isolant (lambda retenu) | R = 3,7 | R = 6 | R = 7 |
|---|---|---|---|
| Polyuréthane (0,024) | 90 mm | 145 mm | 170 mm |
| Polystyrène extrudé (0,032) | 120 mm | 195 mm | 225 mm |
| Polystyrène expansé (0,034) | 126 mm | 205 mm | 240 mm |
| Laine de verre panneau (0,035) | 130 mm | 210 mm | 245 mm |
| Laine de roche (0,037) | 137 mm | 222 mm | 259 mm |
| Ouate de cellulose (0,040) | 148 mm | 240 mm | 280 mm |
| Fibre de bois (0,040) | 148 mm | 240 mm | 280 mm |
| Laine de chanvre (0,042) | 155 mm | 252 mm | 294 mm |
Valeurs calculées puis arrondies vers le haut, jamais vers le bas : 118,4 mm devient 120, sinon on repasse sous le seuil. En pratique on retient ensuite l'épaisseur commerciale immédiatement supérieure, un isolant existant en 120, 140, 160 ou 200 mm, pas en 137.
Panneau et soufflé : pourquoi les épaisseurs ne collent pas
Vous lirez ailleurs sur ce site que les combles perdus se soufflent en 300 à 340 mm pour R = 7, alors que le tableau ci-dessus annonce 245 mm en laine de verre. Les deux sont exacts. Une laine en panneau a un lambda de 0,035. La même laine soufflée en vrac monte à 0,040 ou 0,045, parce que les fibres sont moins ordonnées et emprisonnent moins bien l'air. À quoi s'ajoute une marge de tassement que les fabricants intègrent dans leur épaisseur prescrite.
Conséquence pratique : ne comparez jamais l'épaisseur d'un devis de soufflage à celle d'un devis en panneaux. Comparez les R.
Les seuils qui ouvrent droit aux aides
MaPrimeRénov' et les certificats d'économies d'énergie fixent une résistance thermique minimale par poste de travaux. En dessous, aucune aide, quel que soit le montant du chantier.
| Poste isolé | R minimum | Traduction en épaisseur courante |
|---|---|---|
| Combles perdus | 7 | 300 à 340 mm de laine soufflée |
| Rampants de toiture | 6 | 240 à 280 mm en deux couches croisées |
| Toiture-terrasse | 4,5 | 160 à 200 mm selon l'isolant |
| Murs, par l'extérieur ou par l'intérieur | 3,7 | 130 à 160 mm selon l'isolant |
| Planchers bas | 3 | 100 à 130 mm selon l'isolant |
Ces valeurs portent sur l'isolant ajouté, pas sur la paroi finie. Si votre mur possède déjà un doublage, le R de l'ancien isolant ne compte pas dans le calcul de l'aide : c'est bien la nouvelle couche qui doit atteindre 3,7 à elle seule.
Comment lire le R sur un devis
Quatre éléments doivent y figurer, sans quoi le dossier d'aide sera rejeté même si les travaux sont bien faits :
- La marque et la référence exacte du produit.
- Son épaisseur en millimètres.
- Le R du complexe posé.
- La surface traitée en m².
Méfiez-vous d'une mention isolée du type « isolant haute performance R = 4 » sans référence : le R doit être celui d'un produit identifiable, dont la fiche technique est vérifiable. Et méfiez-vous de l'inverse, une épaisseur annoncée sans R : sur un isolant à lambda médiocre, 140 mm peuvent ne pas atteindre 3,7.
Les R s'additionnent, les lambdas non
Si vous conservez un doublage existant et que vous ajoutez une couche, les deux résistances s'additionnent pour le confort réel : R total = R1 + R2. En revanche il est faux de moyenner deux lambdas. Et pour les aides, seule la couche neuve est prise en compte, comme dit plus haut. C'est la source de malentendu la plus fréquente entre un particulier et son artisan.
Ce que R ne dit pas
La résistance thermique décrit le comportement d'hiver, en régime stable. Trois choses lui échappent complètement.
Le confort d'été
R ne mesure pas le déphasage, c'est-à-dire le temps que met la chaleur à traverser la paroi. À R identique, une fibre de bois retarde de dix à treize heures ce qu'une laine de verre laisse passer en quatre ou cinq. Sur une chambre sous rampants orientée sud, c'est ce paramètre qui décide si la pièce est vivable en août, pas le R. Le détail figure dans le guide du déphasage.
Le comportement à l'humidité
Certains isolants absorbent l'humidité et la restituent sans perdre leurs propriétés, on les dit hygroscopiques ou capillaires actifs : ouate de cellulose, fibre de bois, chanvre. D'autres perdent leur performance dès qu'ils se gorgent d'eau et mettent longtemps à sécher, c'est le cas des laines minérales. Sur le littoral cornouaillais, où l'air reste humide des semaines entières, cette différence compte autant que le R affiché.
Les ponts thermiques
Un mur isolé à R = 4 avec un nez de dalle non traité perd une part de son gain par cette bande de béton qui traverse la façade. C'est précisément l'avantage de l'isolation par l'extérieur sur l'isolation par l'intérieur : à R égal sur le mur courant, l'ITE enveloppe les planchers et l'ITI les contourne. Le R du produit ne rend pas compte de cet écart.
Le cas du bâti ancien
Autour du bourg de Fouesnant, dans les hameaux de Pleuven et de Clohars, et dans le centre de Concarneau, les murs sont en moellons de granit hourdés à la chaux ou à la terre. Sur ces parois, viser R = 3,7 avec un complexe étanche est une erreur : le mur cesse d'échanger l'humidité, le point de rosée se déplace dans la maçonnerie, et le salpêtre apparaît au pied des murs en un ou deux hivers.
La bonne cible y est R = 1,5 à 2,5, avec un matériau perspirant : chaux-chanvre projeté, fibre de bois sur ossature avec lame d'air ventilée. Ce niveau supprime l'effet de paroi froide sans étouffer le mur. Il n'ouvre pas droit à MaPrimeRénov' sur le poste mur, puisqu'il n'atteint pas 3,7, mais il conserve la TVA à 5,5 %.
C'est un arbitrage assumé : préserver un mur de deux siècles plutôt que courir après une prime en l'abîmant.
Cinq erreurs qui reviennent
- Comparer des épaisseurs entre matériaux différents. 140 mm de polyuréthane et 140 mm de ouate ne donnent pas le même R, à un tiers près.
- Accepter 100 mm de PSE sur un mur. R = 2,9, sous le seuil. On économise 500 € de matériau et on perd plusieurs milliers d'euros d'aides.
- Croire que le R de la paroi finie compte pour l'aide. Seule la couche ajoutée est prise en compte.
- Choisir sur le seul lambda. Il détermine l'épaisseur, pas la performance finale ni le confort d'été.
- Viser 3,7 sur un mur ancien perspirant. Techniquement possible, structurellement destructeur.
Pour l'application aux murs, voir les quatre variables du prix d'une ITE et quel système pour quelle maison. Pour les combles, voir le prix de l'isolation des combles. Pour le financement, voir le calendrier d'un dossier d'aides.
Devis gratuit
Faites vérifier le R de votre devis
Le R et l'épaisseur doivent être écrits noir sur blanc. Un chiffrage qui les omet ne passera pas le dossier d'aides.
- Réponse sous 24 h ouvrées
- MaPrimeRénov' et les CEE imposent une entreprise qualifiée RGE : précisez-le dans votre demande
- Aucune obligation de signer, aucun frais de dossier
Décrivez votre projet
Deux minutes, huit champs.